15 janv. 2013

Leçon de langue française n°2 : « Donne-moi z'en »


Deuxième article portant sur la langue française et ses nombreux pièges. Le premier soulevait un problème courant à l'oral et à l'écrit, cette fois-ci il s'agit d'une erreur de liaison que nous sommes trè(èèè)s nombreux à commettre.


« Donne-moi z'en ! »

Je pourrais deviner deux réactions à la vue de ce titre : vous vous dites tout d'abord que c'est écrit bizarrement (d'où peut bien venir ce « z' » ?), puis c'est en lisant que vous vous rendez compte que vous-même, vous employez régulièrement ce « z' » étrange.
Rassurez-vous, c’est une erreur de liaison courante, tentons de comprendre.

P1 : J'ai acheté plein de bonbons au marchand du coin.
P2 : Génial, donne-moi z'en s'il te plait avant que tu ne les manges tous !

  • Où est l’erreur ? On ne peut pas écrire « donne-moi z'en », cette formulation est incorrecte.
  • Pourquoi ? On crée automatiquement le son /z/ pour faire la liaison entre « moi » et « en » : la démarche, bien que sensée, n'est pas la bonne.

Dans la phrase P2, on comprend bien que ce sont les bonbons qui sont demandés : on pourrait remplacer « donne-moi z'en » par « donne-moi des bonbons ». Mais le français nous permet de remplacer « les bonbons » par « en » (qui est alors un pronom).
Mais alors, pourquoi ajoute-t-on le son /z/ ? Voici mon explication.
(1) Vous en conviendrez, à la place de « prends un peu de riz », on peut simplement dire « prends-en ». On fait alors la liaison du « S » entre « Prends » et « en » : prononcez /pranzan/.
(2) Lorsque l'on s'adresse à quelqu'un, on a tendance à vouloir dire « prends-toi en », en prononçant à tort la liaison du « S » de « Prends », entre « toi » et « en » : « prends-toi z’en », prononcé /prantwazan/ par facilité et logique d’écoute vis-à-vis du /z/ dans /pranzan/.
Clairement, ce /z/ dans le cas (2) n'a rien à faire là : encore une fois, il est employé par erreur à cause de la liaison dans « prends-en ».

La solution…

L’expression correcte se veut plus concise : pour « donne-moi du sel », on contracte le pronom « moi » et on écrit « donne-m’en » (prononcer /don(e)man/) ! Et, plus étonnant peut-être, cela fonctionne aussi bien pour « moi » que pour « toi » : « prends-toi du sel » s'écrit ainsi « prends-t’en » (prononcer /prantan/).
Avec « lui », c'est différent. Pour ne pas dire « Prends-l'en » (qui est indigeste soit dit en passant), on fera usage du trait d’union (le tiret du 6) : « Prends-lui-en », évidemment sans prononcer le /z/ qui revient souvent à l’oral : /pranlwian/

Bonus-time :)

Vous croyiez avoir tout vu, tout entendu ? Eh bien je suis convaincu que non, car figurez-vous que l’on emploie dans une phrase le pronom « y » avec les mêmes règles que pour le pronom « en ».
Ainsi, pour « essaie de t’y prendre à l’avance », on écrit « prends-t’y à l’avance » et non « prends-toi z’y ». Autre exemple, pour « rends-toi à la bibliothèque », on écrit « rends-t’y ».
Allez, je vais finir sur une autre petite erreur que certains imprudents font. Ceux-là diront « donne-moi le » : cette expression est incorrecte du point de vue de notre grammaire, on dit bel et bien « donne-le moi ».

Je mets un petit bémol avant de terminer complètement : d'une part, ce qui s'est dit n'engage que moi, et d'autre part, je précise que tout ce qui a été avancé ici peut être justement remis en cause. La langue française évolue avec ceux qui l'utilisent. On est partagé entre deux grammaires, la grammaire prescriptive et la grammaire descriptive. La grammaire descriptive fait évoluer ses règles en fonction de la manière dont l'utilise, contrairement à la grammaire prescriptive qui impose des règles d'utilisation strictes. En ce qui me concerne, je suis d'avis à employer une grammaire prescriptive, et c'est pourquoi je condamne en quelque sorte l'utilisation, dans ce contexte, du « Z » en guise de liaison.

8 commentaires:

  1. apres, pour moi, la grammaire descriptive est le meilleur moyen de faire évoluer notre langue. si on invente le "t' " par exemple pour dire "où va-t'elle" à la place "où est-ce qu'elle va" alors rien ne devrait nous interdire de rajouter le "z' " à "si tu as du pain, gardes-moi z'en deux tranches". En transformant le "garde -moi z'en" en "garde-m'en", on appauvrit le mot "moi", donc on restreint notre langue en l'appauvrissant au lieu de la faire évoluer en l'enrichissant. De plus, "garde moi-z'en" sonne mieux que "garde-m'en". La langue française est trop difficile, alors rendons-la plus simple. Condamner l'utilisation du "z' " se caractérise par une sorte de soumission à notre langue. Le français a trop d'emprise sur nous. D'ailleurs, c'est pourquoi le vieux français du moyen age a évolué, notamment dans sa conjugaison. Pour ma part, l'introduction du "z' " devrait faire l'objet d'une nouvelle évolution de la langue française, source de progrès. En effet, quand on lit un texte, on le comprends mieux avec des outils simples qu'on utilise dans la vie de tous les jours, comme "si tu as du pain, prends-moi z'en".

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    1. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le commentaire ci-dessus : l'élision de voyelles pour éviter l'hiatus ne constitue pas un "appauvrissement", il ne s'agit que d'un phénomène qui régit une certaine euphonie (qui peut évoluer avec le temps, d'ailleurs).

      Par conséquent, l'élision existe comme remède à l'hiatus, alors pourquoi ajouter une consonne prothétique ? L'exemple donné avec "Où va-t-elle ?" m'a tout d'abord interrogé mais, en définitive, s'explique parfaitement : si élider la fin de la forme tonique du pronom personnel "me" n'empêche aucunement son identification ni sa signification, il n'en est rien pour "va" dont le radical + la flexion ne sont constitués que par 2 lettres (du reste, le verbe ne peut s'élider).

      Si je suis moi-même indécis quant à la question de simplifier autant que possible la langue française qui reste très rude pour nos élèves, sur ce cas précis je suis résolument contre. En effet, si l'on refuse l'élision en autorisant l'apparition d'une consonne prothétique pour faire la liaison entre la forme tonique du pronom personnel et le pronom "en", pourquoi refuser ici l'élision et pas ailleurs ?

      Personnellement, je trouve qu'il reste plus facile - et logique et cohérent ! - de considérer qu'un choc entre 2 voyelles doit être évité par élision (à l'exception de quelques cas particuliers) plutôt que d'insérer l'usage d'une consonne prothétique qui brouille les pistes.

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    2. Idem pour les maths, c'est trop compliqué ! Halte à la soumission au dictat de l'arithmétique, je propose que toute multiplication donne zéro comme résultat.

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    3. C'est ce que l'on appelle l'anéantissement, le zéro fut longtemps refusé par l'église catholique ^^

      Sinon, désolé de déterrer un vieux sujet, mais j'ai trouvé ce sujet en me posant la question, j'écris "prend(s) moi en" et je prononce "pran moi zan" sur un sms. je me suis posé la question, je me pose peut être trop de questions...

      et j'ai repéré une petite erreur (de frappe peut-être) en lisant le sujet mais j'ai pas envie de tout relire :p

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    4. Ne suffit-il pas de dire "gardes-en moi" et "prends-en toi" ?

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  2. Petit ajout : la 2e personne du sg de l'impératif des verbes du 1er groupe ne prend JAMAIS de -s, SAUF dans les cas de liaison euphonique !

    Achète-toi un cerveau >> Achètes-en !

    Ceci étant, je ne suis pas tout à fait d'accord avec le commentaire ci-dessus : l'élision de voyelles pour éviter l'hiatus ne constitue pas un "appauvrissement", il ne s'agit que d'un phénomène qui régit une certaine euphonie (qui peut évoluer avec le temps, d'ailleurs).

    Par conséquent, l'élision existe comme remède à l'hiatus, alors pourquoi ajouter une consonne prothétique ? L'exemple donné avec "Où va-t-elle ?" m'a tout d'abord interrogé mais, en définitive, s'explique parfaitement : si élider la fin de la forme tonique du pronom personnel "me" n'empêche aucunement son identification ni sa signification, il n'en est rien pour "va" dont le radical + la flexion ne sont constitués que par 2 lettres.

    Si je suis moi-même indécis quant à la question de simplifier autant que possible la langue française qui reste très rude pour nos élèves, sur ce cas précis je suis résolument contre. En effet, si l'on refuse l'élision en autorisant l'apparition d'une consonne prothétique pour faire la liaison entre la forme tonique du pronom personnel et le pronom "en", pourquoi refuser ici l'élision et pas ailleurs ?

    Personnellement, je trouve qu'il reste plus facile - et logique et cohérent ! - de considérer qu'un choc entre 2 voyelles doit être évité par élision (à l'exception de quelques cas particuliers) plutôt que d'insérer l'usage d'une consonne prothétique qui brouille les pistes.

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  3. Vous me faite rire les gars, gardes-en moi, prends-en toi! C’est pas du bon Français, pareil pour garde moi z'en et prends toi z'en. 'En' sert pour raccourcir la phrase pour éviter la répétition, elle sous entend une chose comprise par les personnes. Comme prends moi des bonbons. C’est une phrase à l'impératif; prends, prenons, prenez, donc 2e personne du singulier et 1er et 2e personne du pluriel. Et pour éviter ces phrases en mauvais Français, il y a un mot simple pour ceux qui l'auraient oublier; ce mot c'est POUR, gardes-en pour moi, prends-en pour toi. Bien sur on peut ne pas utilisait le mot, il est ainsi sous entendu, mais le 'en' et utilisé pour sous entendre 'les bonbons' ou autres choses. On fait donc deux sous-entendu, le 'en' est un sous-entendu, l'autre est omis, même s'il est compris. Pour le verbe garder, il s'agit d'une raison euphonique accepter à l'impératif; ce qui n'est pas le cas du 'S' prononçait 'z' et décalé par le sujet intercalé et qui prononce un 'Z' qui n'existe pas dans ce cas de figure "garde moi 'z'en", alors que gardes-en pour moi dû à la raison euphonique, est acceptez en bon Français moderne. Le reste est de l'ordre de l'argot mal placé et d'une méconnaissance de notre langue. Oui la langue évolue, mais vous oubliez, qu'a une époque il y avez 3 grands dialectes dont les deux plus grands connue la langue d'oïl et d'oc, et aujourd’hui seul celui du nord à survécu. Alors c'est plus une dégénérescence de la langue que vous suggérer? Je vous signale que les Anglais on connue cela, il y a longtemps et ils ont dû revigorer leurs langue par l'ajout de mots étranger comme le Grec, à cause de l'appauvrissement de la langue. Et c'est grâce aux nobles Français, les fameux Normands que le lexique Anglais est plus riche en plus des mots des langues mortes le latin et surtout le grec si je ne me trompe. Ils ont perdu le tutoiement qui existé en vieux anglais et qui est encore utilisé dans des bibles donc un archaïsme peu connue, "You" ayant remplacé "Thou" une forme de tutoiement devenu solennel. Nous aussi on a des archaïsmes dans notre langue. Les langues perdent de leurs complexités, et je ne crois pas que ce soit à notre avantage.

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  4. Je pense qu'il vaut mieux écrire Donne-moi s'en plutôt que donne-moi z'en. non?

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